Lentement, je sombre. Je retourne à ça. Cet état que je hais, impossible à maîtriser. Est-ce moi ?

La peur au ventre. Cette constante capacité à planquer les cadavres sous le tapis. Essayer de pas penser à ce qui se cache derrière la porte du placard. Cette envie de rester chez moi, dans mon lit, et surtout, surtout m'occuper la tête.

C'était plus agréable avant. Quand je m'abrutissais dans le travail. J'étais contente. J'avais de bonnes notes. Les gens étaient contents.

Et puis c'est revenu.

Lentement.

Ces réminiscences d'un passé douteux plus subi que vécu. Le souvenir de ces plaquettes alignées sur mon lit et d'une bouteille d'oasis pour en avaler le contenu. Le souvenir de cette violence passive ressentie au quotidien. Le souvenir de mon regard qui se porte dehors avec un bruit de tondeuse. Le souvenir de l'odeur de la pêche quand on jouait au foot avec mon sac contenant un dessert pas terminé.

J'ai reppris l'envie de crever. Je suis entrée dans un système que je hais et qui m'effraie.

Je parle avec des gens qui souffrent encore maintenant à cause de cette maltraitance, parfois même véhiculée par des adultes à l'encontre d'enfants.

Je rouvre des cicatrices pour tenter de retrouver et extraire les lames de rasoir qui y sont restées enfermées depuis des années. Les ongles plantés dans ma chair, parce que personne n'a d'outils pour ça.

J'ai des envies de meutre quand j'entends les cris des enfants enfermés dans un corps trop grand, qui ne rêvent que d'un bord de falaise.

Qui est responsable ?

Qui sera puni pour ces tortures ?