Côté vocabulaire.

J'ai jamais eu envie de sortir avec uniquement une personne (je dirais que le truc le plusse mono dont j'ai eu envie c'était d'être adorée par quelqu'un - genre qu'iel me trouve irrésistible) et quand j'ai eu 25 ans je me suis rendue compte que je ne pouvais pas continuer les relations en mono parce que ça me faisait du mal de ne pas pouvoir relationner avec d'autres gens comme je le voulais. J'ai aussi du mal à me considérer comme polyamoureuse parce que je distingue le fait d'être amoureuse fait d'être attachée à quelqu'un (pour moi être amoureuse c'est éprouver un sentiment impossible à réfréner, et je ne sors/couche pas qu'avec les gens pour qui je ressens ça, je vis plutôt en mode "qu'est-ce qui m'empêche de sortir/coucher avec une personne avec qui je suis 'juste' amie ?") Du coup le terme "poly" me convient, mais pas à limiter aux relations amoureuses (selon mes critères). C'est plutôt que j'inclue beaucoup plusse de gens avec qui je peux sortir, et que je ne décide pas de garder qu'une seule relation de ce type active à la fois.

Je pense que c'est très lié à ma neuroatypie, parce que je connais peu de gens qui fonctionnent comme ça alors que c'est mon fonctionnement de base que j'ai masqué de 10 à 17ans et de 19 à 25 ans.

Côté historique maintenant.

Au sortir du lycée j'ai décidé de vivre ma vie perso en mode "libertinage" (à l'époque, j'étais sur une plateforme de blog avec notamment AURORA qui bloguait à propos du BDSM et globalement je n'avais que ce mot dans mon vocabulaire pour décrire ce que je voulais, c'est à dire : pas d'engagement à l'exclusivité, idéalement peu d'engagement émotionnel - parce que ça risquait d'impliquer de l'exclusivité - et surtout pas de prise de tête). Ça a plusse ou moinsse bien marché parce que les gens considéraient pour la plupart que si rien n'était dit alors on rentrait dans le contrat de relation mono classique (du coup j'ai notamment cumulé deux relations amoureuses à la fois - n'étant pas moi-même amoureuse d'aucun des deux types lol - pendant quelques semaines et puis l'un des deux s'en est rendu compte et a décidé de me harceler - en ligne, parce qu'il n'était pas physiquement à côté, et il se peut qu'il reprenne un jour, en vous contactant pour dire que je suis une grosse pute en gros - donc mauvaises ambiances quoi).

J'ai été en couple avec l'autre type pendant quelques mois, le temps en gros d'avoir un gamin avec, puis j'ai enchaîné les relations amoureuses "superposées" (genre je sors avec A, B m'intéresse, je couche avec B, je finis par rompre avec A pour sortir avec B, C m'intéresse, je couche avec C, je finis par rompre...), c'était très dur à vivre mentalement parce que ça me donnait l'impression d'être "une grosse pute" et aussi que j'étais incapable de vraiment aimer quelqu'un puisque je ne pouvais pas me consacrer uniquement à lui et qu'invariablement je finissais par aller voir ailleurs. C'est comme ça qu'on s'est rencontré avec Parmifèr, je sortais avec un autre gars mais Parmi était dans ma promo et j'étais à fond sur lui du coup j'ai fini par lui proposer d'être sexfriends, ce qu'il a accepté, pour finalement me dire quelques mois après que c'était pas possible de pas avoir d'attachement émotionnel et qu'il avait besoin de ça. Du coup j'ai rompu avec l'autre type pour me mettre avec lui à peu près à ce moment-là (ce qui fait qu'avec moi, Parmi est la personne qui a le plusse cotoyé le nain parce qu'à 6 mois, avant qu'on sorte ensemble, c'est lui qui me l'a babysit pendant mon job d'été, et quand on a été ensemble, il s'en est occupé, contrairement aux autres types avec qui j'ai relationné).

On a vécu en couple mono avec Parmi pendant 4 ans, j'ai pas vraiment eu l'occasion de le tromper et comme j'étais amoureuse (selon mes critères) de lui en commençant à sortir avec lui, j'étais en mode "si j'arrive pas à rester avec lui, j'y arriverai avec personne" (ce qui n'est pas faux) du coup je me suis accrochée à cette relation qui m'apportait une vraie famille et une personne à l'écoute dont j'étais proche et qui me connaissait bien. Puis ça a commencé à se casser la gueule en 2015, avec l'école d'ingénieur en alternance et la maternelle qui se passaient mal, forcément à la maison c'était l'angoisse (on faisait la même formation), beaucoup de disputes. J'ai rencontré un nouveau type, ça a été émotionellement très dur, d'admettre que je n'étais pas capable de garder une relation amoureuse, que systématiquement, même si j'étais extrêmement attachée à la personne avec qui je sortais, je me retrouve à être attirée par un nouveau type. L'histoire avec le nouveau type n'a pas marché. Puis j'ai passé du temps avec un camarade de promo de qui j'étais très proche, de façon non platonique, mais pareil ya eu un blocage et ça s'est pas des masses bien fini.

On s'est séparé avec Parmifèr, j'ai emménagé à Montpellier et lui est resté à Nîmes. Je me suis retrouvée mère isolée again. Durant l'été, on avait un mois de cours à Bristol, on logeait sur le campus dans ce qu'ils appellent des "flats" (un très grand appart avec une cuisine salon géante et 6 chambres, chacune avec sa cabine de douche). On avait décidé de se mettre en groupe avec des gens de la promo qui étaient sympa (spoiler, les rares qu'on côtoie toujours), du coup yavait moi, Parmi, hundrix et 3 autres personnes (dont le camarade de promo mentionné plusse haut). J'ai dragué hundrix (en précisant "par contre pas de lien romantique, pas d'attachement, pas d'engagement") et on a passé un mois à dormir ensemble. Il y a eu un moment où on s'est retrouvé au salon à regarder un truc sur le PC, Parmi à ma gauche, hundrix à ma droite et moi étalée sur les deux. Et mon cerveau m'a fait "en fait, je crois que c'est ça qu'on veut, genre". C'est la première fois que j'ai pensé consciemment en tant qu'adulte à ce qu'on appelle le polyamour.

Au retour de Bristol, j'ai passé mes vacances chez hundrix (mes parents gardaient le nain les deux mois de l'été) en faisant comme d'habitude lorsque je fréquente quelqu'un et que ça matche : yolo. Ça s'est très bien passé. Du coup j'ai passé le reste d'école d'ingé à entretenir une relation qui a muté à couple avec hundrix. Avec Parmi on a recollé les morceaux, il passait un mois sur deux chez moi (plusse facile pour le boulot vu qu'il avait sa boîte à Montpellier). J'ai rencontré un ami de hundrix (on l'appelera Kevin), sur lequel j'ai flashé, à qui j'ai demandé de s'installer chez moi. J'ai dit à hundrix qu'il avait pas besoin de continuer à louer une chambre à Nîmes et qu'il pouvait simplement vivre chez moi quand on allait à l'école. Du coup Kevin était 100% du temps chez moi, hundrix 50% et Parmi les 50% restants. Ma relation avec Kevin s'est lentement dégradée ("si tu embrasses quelqu'un, lave-toi les dents après", crise de nerf parce qu'il a cru nous entendre coucher, "je ne passe pas assez de temps avec toi, c'est injuste, si on compte on voit bien que...", ...). Prises de tête sur prises de tête, jalousie, possessivité, violence... Ça s'est terminé quand j'ai passé deux heures enfermée dans ma salle de bain à attendre que Parmi rentre en urgence parce que j'avais peur que Kevin me frappe. Ya d'autres anecdotes dont je parlerai peut-être plusse tard.

Mai 2017, Parmi déménage de Nîmes pour s'intaller à Montpellier, plusse pratique pour le boulot et moi qui tire la langue de m'occuper du nain seule la moitié de l'année. Il se prend un appart à lui pour être indépendant et pouvoir inviter qui veut, parce que aussi quand on passe beaucoup de temps ensemble on s'engueule (tmtc les gens qui nous ont déjà croisé). Son appart est juste à côté du mien (100m), ce qui est super pratique pour la logistique du coup. Après l'école, donc genre aoput 2017, je propose à hundrix de faire pareil, du coup il se cherche un job et un appart sur Montpellier (parce qu'il veut son espace où stocker ses stuffs). Pareil, il en trouve un à côté (600m). Du coup on passe beaucoup de temps tous les trois ensemble, au début c'est un peu au jour le jour de "tu veux dormir avec qui ?" puis on finit par lancer une espèce de roulement où pendant une période donnée, hundrix vit chez moi, puis Parmi. hundrix s'occupe pas du nain parce qu'il trouve les enfants bizarres, mais c'est quand même un caretaker dans le sens où il peut le chopper à l'école ou autre. Je rencontre une autre personne qui vient passer du temps avec nous, on est peut-être encore ensemble mais honnêtement j'en sais rien (on se parle deux fois par an et elle est partie un an en Nouvelle Zélande du coup dur de garder contact).

À l'heure actuelle, on a toujours le système de roulement (plusse simple côté orga parce que Parmi prend entièrement le nain en charge du coup quand il n'est pas chez moi, le nain est chez lui), on switche quelque chose comme une fois par mois. hundrix et Parmi ne sortent pour l'instant avec personne d'autre que moi (tristesse). Mes parents ont a priori accepté la situation :shrug: On a essayé de chercher une maison ou un appartement pour tous y habiter mais pas moyen, et pour acheter c'est mort pour l'instant, les banques ne voudront pas nous prêter à 3 (polyphobie) et à 2 on n'a pas un dossier assez solide.

Côté conclusions.

Le polyamour / anarchie relationnelle est adapté à ma situation. Il ne l'est pas pour tout le monde. Une personne n'ayant qu'un seul couple face à une personne ayant plusieurs couples est désavantagée, il faut faire attention à ça. Pour entretenir des relations saines, il faut travailler sur ses propres insécurités ("pourquoi j'ai mal quand je te vois embrasser quelqu'un d'autre"). Pour qu'un polycule fonctionne, toutes les personnes impliquées doivent faire des efforts. La hiérarchisation des couples dans un polycule est TOXIQUE. Les problématiques genre "pas envie de toucher les fluides de l'autre sur toi" sont TOXIQUES. Compter le temps passé avec chacun-e est TOXIQUE. La société n'est pas adapté au fonctionnement type polycule. Soit tout le monde a une attitude shlag auquel cas on peut vivre en mode yolo, soit au moinsse une personne a besoin de cadre, auquel cas il faut de l'organisation et des routines. Ce n'est pas à toi de deal avec la jalousie des autres et s'ils viennent te reprocher à demi mot d'être poly, alors soit ils doivent se déconstruire, soit vous ne pourrez pas continuer à sortir ensemble. Si tu es jalouxe d'un truc, c'est à toi de réfléchir à ce qui te pose vraiment problème (peur de ne pas être "assez" pour l'autre ? peur de perdre la relation ? peur d'un truc que tu trouves sale à cause de l'homophobie internalisée ? ...), pas à l'autre de te poupouner quand tu chouines. Exprimer à l'autre "cette situation me rend malheureuxe" de manière récurrente sans creuser plusse profondément que "je me sens mal quand je pense que tu passes du temps avec telle personne" est TOXIQUE et polyphobe.