LE TENDRE ET DANGEREUX VISAGE DE L'AMOUR


Le tendre et dangereux
visage de l'amour
m'est apparu un soir
après un trop long jour
C'était peut-être un archer
avec son arc
ou bien un musicien
avec sa harpe
Je ne sais plus
Je ne sais rien
Tout ce que je sais
c'est qu'il m'a blessée
peut-être avec une flèche
peut-être avec une chanson
Tout ce que je sais
c'est qu'il m'a blessée
blessée au cœur
et pour toujours
Brûlante trop brûlante
blessure de l'amour.[/align]




LE GRAND HOMME ET L'ANGE GARDIEN

Vous resterez là
Sentinelle
A la porte du bordel
Et vous garderez Mon Sérieux
Moi je monte avec ces dames
Il faut bien rigoler un peu !



LE MATIN

Cri du coq
Chant du cygne de la nuit
Monocorde et fastidieux message
Qui me crie
Aujourd'hui ça recommence
Aujourd'hui encore aujourd'hui
Je n'entends plus ta romance
Et je fais la sourde oreille
Et je n'écoute pas ton cri
Pourtant je me lève de bonheur
Presque tous les jours de ma vie
Et j'égorge en plein soleil
Les plus beaux rêves de mes nuits.[/align]




ENCORE UNE FOIS
SUR LE FLEUVE

Encore une fois sur le fleuve
le remorqueur de l'aube
a poussé son cri

Et encore une fois
le soleil se lève
le soleil libre et vagabond
qui aime à dormir au bord des rivières
sur la pierre
sous les ponts
Et comme la nuit au doux visage de lune
tente de s'esquiver
furtivement
le prodigieux clochard au réveil triomphant
le grand soleil paillard bon enfant et souriant
plonge sa grande main chaude dans le décolleté de la nuit
et d'un coup lui arrache sa belle robe du soir
Alors les réverbères
les misérables astres des pauvres chiens errants
s'éteignent brusquement
Et c'est encore une fois le viol de la nuit
les étoiles tombant sur le trottoir
s'éteignent à leur tour
et dans les lambeaux du satin sanglant et noir
surgit le petit jour
le petit jour mort-né fébrile et blême
et qui promène éperdument
son petit corps de revenant
empêtré dans son linceul gris
dans le placenta de la nuit
Alors arrive son grand'frère
le Grand jour
qui le balance à la Seine

Quelle famille

Et avec ça le père dénaturé
le père soleil indifférent
qui
sans se soucier le moins du monde
des avatars de ses enfants
se mire complaisamment dans les glaces
du métro aérien
qui traverse le pont d'Austerlitz
comme chaque matin
emportant approximativement
le même nombre de créatures humaines
de la rive droit à la rive gauche
et de la rive gauche à la rive droite
de la Seine
Il a tant de choses à faire le soleil
et certaines de ces choses
tout de même lui font beaucoup de peine
par exemple
réveiller la lionne du Jardin des Plantes
quelle sale besogne
et comme il est désespéré et beau
et déchirant
inoubliable
le regard qu'elle a en découvrant
comme chaque matin
à son réveil
les épouvantables barreaux de l'épouvantable bêtise humaine
les barreaux de sa cage oubliés dans son sommeil
Et le soleil traverse à nouveau la Seine
sur un pont dont il ne sera pas question ici
à cause d'une invraisemblable statue de sainte Geneviève
veillant sur Paris
Et le soleil se promène dans l'île Saint-Louis
et il a beaucoup de belles et tendres choses
à dire sur elle
mais ce sont des choses secrètes entre l'île et lui
Et le voilà dans le Quatrième
ça c'est un coin qu'il aime
un quartier qu'il a à la bonne
et comme il était triste le soleil
quand l'étoile jaune de la cruelle connerie humaine
jetait son ombre parait-il inhumaine
sur la plus belle rose de la rue des Rosiers
Elle s'appelait Sarah
ou Rachel
et son père était casquettier
ou fourreur
et il aimait beaucoup les harengs salés
Et tout ce qu'on sait d'elle
c'est que le roi de la Sicile l'aimait
Quand il sifflait dans ses doigts
la fenêtre s'ouvrait où elle habitait mais jamais plus elle n'ouvrira la fenêtre
la porte d'un wagon plombé
une fois pour toutes c'est refermée sur elle
Et le soleil vainement
essaye d'oublier ces choses
et il poursuit sa route
à nouveau attiré par la Seine
Mais il s'arrête un instant rue de Jouy
pour briller un peu
tout près de la rue François-Miron
là où il y a une très sordide boutique
de vêtements d'occasion
et puis un coiffeur et un restaurant algérien
et puis en face
des ruines des plâtras des démolitions
Et le coiffeur sur le pas de sa porte
contemple avec stupeur
ce paysage ébréché
et il jette un coup d'œil désespéré
vers la rue Geoffroy-l'Asnier
qui apparait maintenant dans le soleil
intacte et neuve
avec ses maisons des siècles passés
parce que le soleil
était au mieux avec Geoffroy-l'Asnier
Tu es un ami lui disait-il
et jamais je ne te laisserai tomber
Et c'est pourquoi
l'ombre heureuse et ensoleillée
l'ombre de Geoffroy-l'Asnier
qui aimait le soleil et que le soleil aimait
s'en va chaque jour
que ce soit l'hiver ou l'été
par la rue du Grenier-sur-l'eau
et pas la rue des Barres
jusqu'à la Seine
et là les ombres de ses tendre animaux
broutent les doux chardons de l'au-delà
et boivent l'eau paisible
du souvenir heureux
Cependant qu'au-dessus d'eux
accoudé au parapet du pont Louis-Philippe
le loqueteux absurde et magnifique
qu'on appelle
le Roi des Ponts
crache dans l'eau pour faire des ronds
Fasciné par la monotone splendeur
de l'eau courante
de l'eau vivante
sans se soucier du qu'en-dira-t-on
il ne cesse de cracher
et
jusqu'à ce que la salive lui manque
offrant ainsi en hommage
à sa vieille amie la Seine
quelque chose de sa vie
quelque chose de lui-même
et il dit

La Seine est ma sœur
et comme je suis sorti un jour
des entrailles de ma mère
elle elle jaillit chaque jour
et sans arrêt
des entrailles de la terre
et la terre c'est la mère de ma mère
et la mort c'est la mère de la terre
et il s'arrête de cracher un instant
et il pense que la Seine va se jeter dans la mer
et il trouve ça beau
et il est content
et son cœur bat comme autrefois
et il se retrouve comme autrefois
tout jeune avec une chemise propre
qu'il enlevait pour faire l'amour
et il regarde la Seine
et il pense à elle
à la vie et à la mort
et à l'amour
et il crie

Oh ! Seine
ne m'en veux pas
si jeme jette dans ton lit
c'est pas des choses à faire puisque je suis ton frère
mais pas d'histoires
je t'aime alors tu m'emmènes
Mais attention
quand nous arriverons là-bas
tous les deux
là-bas à l'instant même
qu'on ne connait pas
là où l'eau déjà n'est plus douce
mais pas encore salée
n'oublie pas le Roi des Ponts
n'oublie pas ton vieil ami noyé
n'oublie pas le pauvre enfant de l'amour
avili et abîmé
et dans les clameurs neuves de ma mer
garde un instant ta tendre et douce voix
pour me dire que tu penses à moi

Et il se jette à la flotte
et les pompiers s'amènent
enfin voilà pour lui
comme on dit si simplement dans les Milles et Une Nuits
Et la Seine continue son chemin
et passe son le pont Saint-Michel
D'où l'on peut voir de loin
l'archange et le démon et le bassin
avec qui passent devant eux
une vieille faiseuse d'anges [i](NDM1 : une avorteuse[/i] un boy-scout malheureux
et un triste et gros vieux monsieur
qui a fait une misérable fortune
dans les beurres et dans les œufs
Et celui-là s'avance d'un pas lent vers la Seine
en regardant les tours de Notre-Dame
Et cependant
ni l'église ni le fleuve ne l'intéressent
mais seulement la vieille boîte d'un bouquiniste
Et il s'arrête figé et fasciné
devant l'image d'une petite fille
couverte de papier glacé
Elle est en tablier noir et son tablier est relevé
une religieuse aux yeux cernés
la fouette
Et la cornette de la sœur
est aussi blanche que les dessous de la fillette
Mais comme le bouquiniste regarde le vieux monsieur congestionné
celui-ci gêné détourne les yeux
et laissant là le pauvre livre obscène
jette un coup d'œil innocent détaché
vers l'autre rive de la Seine.
vers le quai des Orfèvres dorés
là où la justice qui habite un Palais
gardé par de terrifiants poulets gris
juge et condamne la misère
qui ose sortir de ses taudis
Dérisoire et déplaisante parodie
où le mensonge assermenté
intime à la misère l'ordre de dire la vérité
toute la vérité rien que la vérité
Et avec ça dit la misère
faut-il vous l'envelopper
Et voilà qu'elle jette dans la balance truquée
la vérité de la misère
toute nue ensanglantée
C'est ma fille dit la misère
c'est ma petite dernière
c'est mon enfant trouvée
Elle est morte pendant les fêtes de Noël
après avoir longtemps erré
au pied des marronniers glacés
sur le quai

à deux pas de Chez Vous
Messieurs de la magistrature assise
levez-vous
et vous
Messieurs de la magistrature debout
approchez-vous
Voyez cette enfant de quinze ans
Voyez ces genoux maigres ces tristes petits seins
ces pauvres cheveux roux
ces engelures aux pieds et ces crevasses aux mains
Voyez comme la douleur a ravagé ce visage enfantin
Et vous Messieurs de la magistrature couchée et bien bordée
réveillez-vous
Il ne s'agit pas d'une berceuse d'une romance
Ne comptez pas sur moi pour chanter dans votre Cour
Il ne s'agit pas d'un feuilleton
d'un mélodrame
rien de sentimental aucune histoire d'amour
Il s'agit simplement de la terreur et de la stupeur qui se peint sur le visage de l'enfant et qui serre atrocement le cœur de l'enfant à l'instant où l'enfant comprend qu'elle va avoir une petit enfant et qu'elle ne peut le dire à personne pas même à sa mère qui ne l'aime plus depuis longtemps et surtout pas à son père puisque malencontreusement c'est le père qui très précisément est le père de cet enfant d'enfant

Sur un matelas elle rêvait
et autour d'elle ses frères et sœurs
remuaient en dormant
et la mère contre le mur
ronflait désespérément
Enfin toute la lyre
comme on dit en poésie
Le père qui travaille aux Halles et qui s'en retourne chez lui
après avoir poussé son diable dans tous les courants d'air de la nuit
et qui s'arrête un instant en poussant un soupir navré
devant la porte d'un bordel
fermé pour cause de Haute Moralité
Et qui s'éloigne
avec dans ses yeux bleus et délavés
la titubante petite lueur de l'Appellation Contrôlée
Et le voilà soudain
ancien colonial si ça vous intéresse
et réformé pour débilité mentale
le voilà plongé d'un seul coup
dans la bienfaisante chaleur animale et tropicale
de la misérable promiscuité familiale
Et le lampion rouge de l'inceste
en un instant prend le feu
dans la tête du géniteur
il s'avance à tâtons vers sa fille
et sa fille prend peur...
Vous imaginez hommes honnêtes
ce qu'on appelle le Reste
et pourquoi un soir
deux amoureux enlacés sur un banc
dans les jardins du Vert-Galant
ont entendu un cri d'enfant
si déchirant

J'étais là quand la chose s'est passée
à coté du Pont-Neuf
non loin du monument qu'on appelle
la Monnaie
J'étais là quand elle s'est penchée
et c'est moi qui l'ai poussée
Il n'y avait rien d'autre à faireJe suis la Misère
j'ai fait mon métier
et la Seine a fait de même
quand elle a refermé sur elle
son bras fraternel
Fraternel parfaitement
Fraternité 2galité Liberté c'est parfait
Oh bienveillante Misère
si tu n'existais pas il faudrait t'inventer
Et le ministère public que vient de se lever
la main sur le coeur l'autre bras aux cieux le cornet acoustique à l'oreille
et toutes les larmes de son corps aux yeux
réclame avec une émotion non dissimulée
l'Elargissement de la Misère
c'est-à-dire en langage clair et vu le cas d'urgente urgence
et de nécessaire nécessité
sa mise en liberté provisoire pour une durée illimitée
Et ainsi messieurs Justice sera Fête
attendu que...

A ces mots l'enthousiasme est unanime
et la tenue de soirée est de rigueur
et le grand édifice judiciaire s'embrase d'un magnanime feu d'artifice
et il y a beaucoup de monde aux drapeaux
et les balcons volent dans le vent
et le grand orchestre francophilharmonique des gardiens de la paix
rivalise d'ardeur et de virtuosité avec le gros bourdon de Notre-Dame des Lavabos de le Buvette du Palais
Et la misère ahurie affamée abrutie résignée
entourée de tous ses avocats d'office
et de tous ses indicateurs de police
est acquittée à l'unanimité plus une voix
celle de la conscience tranquille et de l'opinion publique réunies
Et solennellement triomphalement reconnue d'Utilité publique
elle est immédiatement
libéralement légalement et fraternellement
rejetée sur le pavé
avec de grands coups de pied dans le ventre
et de bons coups de poing sur le nez
Alors elle se relève péniblement
excitant la douce hilarité de la foule
qui la prend pour une vieille femme saoule
et se dirige en titubant
aveuglément
vers le calme
vers la paix
vers le lieu d'asile
vers la Seine
vers les quais

Tiens te voilà qu'es belle et qui m'plais

Et la Misère tressaille dans sa vieille robe
couverte d'ordures ménagères
en entendant cette voix de porcelaine brisée
et elle reconnaît Charlot le Téméraire
dit la Fuite dit Perd son Temps
un de ses plus vieux amis un de ses plus fidèles amants
et elle se laisse tomber sur la pierre
près de lui en sanglotant
Si tu savais dit-elle
Je sais
di le raccomodeur de faïences
Je sais
dit le laveur de chiens
Et ce que je ne siais pas je le devine et ce que je ne devine pas
je l'invente
Et ce que j'invente je l'oublie
Alors fais comme moi ma jolie
regarde couler la Seine et raconte pas ta vie
Ou bien alors
parle seulement des choses heureuses
des choses merveilleuses rêvées et arrivées
Enfin je veux dire des choses qui valent la peine
mais pour la peine pas la peine d'en parler
Tout en parlant il trempe dans la rivière
un vieux mouchoir aux carreaux déchirés
et il efface sur le visage de la Misère
les pauvres traces de sang coagulé
et elle oublie un instant sa détresse
en écoutant sa voix éraillée et usée
qui tendrement lui parle de sa jeunesse
et de sa beauté

Rapelle-toi je t'appelais Miraculeuse
parce que tu habitais au sixième
sur la Cour des Miracles
près du lit il y avait des jacintes bleues
et je n'ai jamais oublié
une seule boucle de tes cheveux
Rappelle-toi je t'appelais Frileuse
quand tu avais froid
et je t'appelais Fragile
en me couchant sur toi
Rappelle-toi la première nuit
la première fois
les nuages noirs de Billancourt
rôdaient au-dessus des usines
et derrière eux
les derniers feux du Point-du-jour
jetaient sur le fleuve
de pauvres lueurs tremblantes et rouges
C'était l'hiver
et tu tremblais comme ces pauvres lueurs
mais dans le velours vert de tes yeux
flambaient les dix-sept printemps de l'amour
Et je n'osais pas encore te toucher
simplement je regardais
le souffle de ton joli corps
qui dansait devant ta bouche
Rappelle-toi
comme nous avons marché doucement
sur le pont de Grenelle
sans rien dire
Et n'oublie pas non plus l'île des Cygnes
ma belle
avec ses inquiétants clapotis
ni la statue de la Liberté
surgissant des brouillards du fleuve
qui drapaient autour d'elle
un triste voile de veuve
Rappelle-toi les clameurs du Vel'd'Hiv'
n'oublie pas la grande voix de la foule dispersée par le vent
et le pont Alexandre
avec ses femmes nues
et leurs grands chevaux d'or
immobiles cabrés et aveuglés
par les phares du Salon de l'Automobile
les feux tournants du Grand Palais
Et de l'autre côté
les Invalides gelés
braquant leurs canons morts
sur l'esplanade déserte
Et comme nous sommes restés longtemps
serrés l'un contre l'autre
tout près du Pont de la Concorde
Rappelle-toi
nous écoutions ensemble
résonner dans la nuit
le doux souvenir des marteaux de l'été
quand l'été matinal
se hâte d'assembler les charpentes flottantes
du décor oriental des Grands Bains Deligny

Rappelle-toi
nous évoquions ensemble
le fou rire des filles
franchissant la passerelle leur maillot à la main
et les ogre obèses sortant des ministères
à midi
et qui tentent déséspérément d'apercevoir
enre les toiles flottantes verticalement tendues
un peu de chair fraîche
et nue

Nue

Et ma main a serré davantage ton bras
Rappelle-toi
Je me rappelle
dit la Misère
Deux heures sonnaient
à la grande horloge de la gare d'Orsay
et quand tu m'as entraînée vers la berge
il n'y avait pas d'autre lumière
que celle d'un bec de gaz abandonné
dvant le Palais de la Légion d'Honneur
Mais le sang pâle et ruisselant
du dernier quartier de la lune
blessée par un trop rude hiver
éclaboussait le paysage désert
où se dressaient
ensoleillées dans la clarté lunaire
d'immenses pyramides de sable
et de pierres
Tu te rappelles
Comme si c'était hier
dit le vieux réfractaire
et même que tu as dit en souriant
Comme c'est beau
on se croirait en Egypte maintenant
Et c'est vrai
que c'était beau ma belle
beaucoup trop beau pour ne pas être vrai
Et c'était vraiment l'Egypte
et c'était aussi vraiment
les eaux chaudes du Nil
qui roulaient silencieusement
entre les rives de la Seine
Et le sang ardent de l'amour
coulait dans nos veines

Rappelle-toi
Tu étais couchée sur un sac de ciment
dans un coin à l'abri du vent
et quand j'ai posé ma main glacée
sur la douce chaleur de ton coeur
ton jeune sein soudain s'est dressé
comme une éclatante fleur
au milieu des jardins secrets
de ton jeune corps couché
caché
Et n'oublie pas la belle étoile ma belle
celle que tu sais
N'oublie pas l'astre de ceux qui s'aiment
l'astre de l'instant même de l'éternité
l'étourdissante étoile du plaisir partagé

Qui pourrait jamais l'oublier

Et la Misère
souriante et consolée
regarde la lumière qui baigne la Cité
Près d'elle
un vieux chien mouillé tresaille
en entendant le cri d'un remorqueur
saluant encore une fois
la fin d'un nouveau jour
Et là-haut
dans le doux fracas de la vie coutumière
la Samar et la Belle Jardinière
descendent en grinçant des dents
leurs lourds rideaux de fer
Sur le quai de la Mégisserie
les petits patrons des oiselleries
parquent déjà dans leur arrière-boutique
les perruches les rats blancs les poissons exotiques
mais avant de rentrer dans l'ombre horrible
un pauvre singe bleu
jette un dernier et douloureux regard
sur le Pont des Arts
où se promène
un grand lion rouge furieux
Ce grand lion rouge
c'est le Soleil
qui traîne encore un peu avant de s'en aller
Tout à l'heure
les flics de la Nuit
à grands coups de pèlerine
vont venir le chasser
Et c'est pour cela qu'il fait la gueule
et qu'il n'est pas content
et qu'il secoue en rugissant
sa grande crinière crépusculaire
sur les passants
Et les passants de fâchent tout rouge
et clignent des yeux
Alors le grand lion rouge se marre
et il se fout d'eux
et il caresse en s'en allant
de sa grande patte rousse
nonchalamment
les reins et les fesses d'une femme
qui s'arrête brusquement
songeant à son amant
et regarde la Seine en frisonnant.

 

 

 

Nicolas, si tu arrives à lire jusqu'au bout, connaissant ton aversion pour la poésie, je te ferai un gâteau rien que pour toi, tiens ^^