Un navire qui coule, lentement, avec quelques flammes qui se reflètent dans la mer. La nuit. Et les étoiles qui clignotent un peu. On dirait qu'elles font l'écho du feu qui a pris dans la salle des machines.

Je suis comme ça ?

Non. Ou en moins esthétique, peut-être.

Mais non, t'en fais pas. Je coule pas. C'est un effet d'optique. Tu sais bien qu'il n'y a pas d'eau, dans le désert, comment je pourrais couler ? Déjà, j'ai pied. J'ai vérifié.

Pourquoi tu me crois pas ?

On verra !

Mais tu peux pas vraiment dire que je baise. C'est pas ça. C'est comme voler. Dans les deux sens, voler comme un piaf qui profite du vent, mais aussi voler des instants de vie au monde. C'est comme me nourrir de réel.

Ya tous ces instants, toutes ces secondes, ces dixièmes de secondes, ces millièmes de secondes, que je vois couler dans les mains des gens. Tout ce qu'ils sont. C'est entendre leur voix, leur souffle, ce qu'ils sont vraiment. C'est comme retourner la feuille sur laquelle ils sont dessinés pour regarder ce qui est écrit au dos.

C'est sentir chaque personne. C'est pas coucher pour coucher. J'm'en fous, de ressentir du plaisir physique, sinon, je serais restée simplement avec Yann, c'est très bien. Ce que j'aime, c'est l'instant où on retourne la feuille.

 

Oui, tu as fais un choix ? Je le respecte. Tu n'es pas obligé de me lire.

Tu me manques quand même.

J'exprime ce manque dans des dizaines de lettres ouvertes. Des fleurs de papier qui se décomposent quand on les touche, qui se font emporter par le vent. Tu n'es en rien obligé de les voir passer.

 

J'ai déjà censuré mes blogs, une fois, à cause de deux lecteurs. C'est malsain. Je viens ici pour m'exprimer. Pas pour réfléchir à ce que j'ai le droit de dire ou non. Ici, je peux aligner les mots comme je le souhaite, sans me poser la question du public.

 

Je sais que tu ne peux t'empêcher de me lire. Je serais pareille.

 

Je fais ce que je peux pour éviter de m'effondrer. De couler. Tu penses que je refais la même chose ? Non. Au contraire. Je fais différemment que tout ce que j'ai fait à présent. Radicalement.

 

Faire du chantage ? Tu ne trouves pas ça un peu fort ? C'est comme si je te disais : si tu m'aimes vraiment comme tu le dis, viens. Viens vivre avec moi. Relève-moi, porte-moi et apprends-moi à marcher.

Mais je ne le dis pas. Je ne le demande pas.

Je ne te dis pas : puisque tu m'aimes, fais ci. Fais ça.

J'aurais dû ?