Yann et moi, on va se séparer.

 

Actuellement, on va continuer à vivre ensemble un moment, "comme avant", parce qu'on a pas les moyens de nous séparer physiquement. Enfin, je dis comme avant avec des guillemets, ce que je veux dire, c'est qu'on dormira dans le même lit, qu'on ira ensemble à l'école, qu'on dira bonne nuit à Jareth en le serrant contre nous. Sauf que, disons, toutes les dix minutes, on va chialer.

 

Pourquoi qu'on se sépare, alors qu'on en est triste tous les deux ?

 

Je me rappelle plus quand, mais j'ai cherché des outils pour construire une maison. La mienne. Le seul endroit où il ferait beau, avec des volets bleus. Le seul putain d'endroit où j'allais pouvoir me sentir bien, chez moi.

J'ai trouvé un truc que les gens utilisent, qui s'appelle une équerre. J'ai monté des fondations, des murs, des étages, des fenêtres... et puis, j'ai reculé, pour voir si c'était sympa.

Tout était de travers.

Tout.

Et tout menaçait de s'écrouler.

 

J'ai pas compris pourquoi.

 

Je comprends pas souvent grand chose.

 

J'ai tout cherché, tout recalculé, relu les plans, refais, encore et encore, en l'espace d'une semaine. Tout. Tout aurait dû fonctionner.

Sauf que mon équerre fait 92°.

 

C'est la même que celle des autres. La même putain d'équerre, et partout je suis sûre, les maisons se cassent la gueule sur le putain de trottoir même pas droit qui les longe.

 

C'est de la merde, la vie.

 

J'ai jeté l'équerre pourrie, et j'ai regardé Yann, je lui ai dit : "Il y a un truc qui ne va pas. Je n'y arriverai pas." Il m'a répondu : "Faut raser la maison, et recommencer.".

 

Alors, oui, on va se séparer. Oui, on est tristes tous les deux. Mais de toute façon, c'est comme ça. Voilà.